Le SIAAP dans le débat public
Questions techniques et sujets polémiques.

Peut-on poser des questions techniques à un industriel sans être emporté par la polémique ?

Après l'incendie du 3 Juillet 2019, le Collectif Seine 78-95 a exprimé sa curiosité par des questions simples : Que s'est-il passé ? pourquoi ? Que faut-il savoir sur le sujet ? Qui peut nous en parler ?

Très vite, les échanges avec les élus locaux, les responsables techniques, les institutions et les pouvoirs publics nous ont convaincus qu'il était impossible de poser des questions légitimes, simples et prosaïques sans susciter des suspicions parfois exprimées avec agressivité.

Ainsi, notre curiosité concernant le rapport technique d'intervention des pompiers, les circonstances de l'incendie, les suites matérielles immédiates, les conséquences prévues par les responsables, l'état des lieux, le contexte légal et réglementaire que nous ignorions, a reçu des réponses en forme de questions : "Qui êtes-vous ? Pour qui demandez-vous ? En quoi cela vous concerne-t-il ? 

Il nous a même été répondu ; "Il s'agit d'un site SEVESO dont les informations ne sont pas communicables au public pour des raisons de sécurité". Mais la sécurité de quoi et de qui ? Le destin fait à nos eaux usées par l'industrie, certes de pointe ! entre-t-il dans le spectre de la Raison d'Etat ?

A ce stade, on ne peut pas échapper à la malédiction dont nous voulions nous tenir à distance ; les polémiques et les mélanges des genres. Or visiblement les faits seuls n'intéressent personne. Les questions Quoi ? Où ?, Comment ? rencontrent immédiatement la mauvaise conscience, cette infirmité de l'esprit.

Abordons ces polémiques qui pèsent si lourd dans notre recherche de dialogue. 

Nous distinguerons trois domaines d'examen ; l'exploitation, la gouvernance et la gestion. Pour chacun de ces domaines il existe une documentation nombreuse.

En matière d'exploitation, il y a deux sujets tabou ; 

1.   L'accord supposé entre les partis politiques pour faire alterner la présidence et la direction du SIAAP entre eux.

2.  La sous-traitance opérationnelle au sein des usines qui renchérit la coût d'exploitation car il y a deux personnes pour faire le travail d'une seule ; le titulaire du poste (agent de l'Etat) et le sous-traitant (agent privé).

1. L'accord supposé entre les partis politiques pour faire alterner présidence et direction du SIAAP entre eux.

Du point de vue du citoyen, la question n'est pertinente qu'au regard des résultats opérationnels de qualité et de coût du service. Il importe peu au consommateur que la présidence du SIAAP soit entre les mains d'un adhérent d'un parti politique ou d'un autre.

En revanche, la question est importante pour le consommateur si un tel accord trouve sa justification dans des actes contraires aux lois, aux règlements et à la morale publique. Dans ce contexte, l'attention du consommateur est attirée par le fait qu'aucune preuve formelle n'est apportée concernant un accord entre partis politiques mais que des faits éventuellement punissables paraissent avérés.

A cet égard, la documentation disponible, décisions officielles, TV, presse, livres, éclaire une situation de confusion préjudiciable à toute recherche de dialogue des citoyens avec les parties-prenantes de l'industrie de l'eau.

2. La sous-traitance opérationnelle au sein des usines.

Une fois admis le principe de faire intervenir des agents privés pour exécuter des tâches dévolues aux agents publics présents, rien ne permet de comprendre le fonctionnement du SIAAP. Ce fonctionnement semble classé Secret Défense tant la parole est contrainte. Nos interlocuteurs, agents des deux statuts, nous ont signifié fermement leur refus de parler publiquement du sujet.

Pourquoi un sujet si trivial est-il entouré de peurs et d'interdits ? Pourquoi est-il impossible de connaître les conditions de travail, les rémunérations et les observations des acteurs de notre usine de retraitement des eaux ?  Pourquoi les syndicats, en général si prompts à s'exprimer, refusent-ils le dialogue avec les citoyens ? Que cherchent à protéger le SIAAP, l'Etat et les syndicats en dissimulant des éléments aussi ordinaires de la vie de notre société ?

En matière de gouvernance, il y a un grand nombre de questions qui appellent, plus qu'une réponse, une résolution.

1. Qui dirige le SIAAP ? Qu'il soit ici permis à l'auteur de ces lignes de témoigner qu'un entretien avec le directeur général du SIAAP n'est pas convaincant. Il n'est pas question ici de la personne de Monsieur Jacques Olivier, mais de ce que l'interlocuteur retire des effets de sa fonction. 

2. Pourquoi le Conseil d'administration est-il composé de 33 élus locaux ?

3. L'organe exécutif du SIAAP est-il adapté à sa mission ?

4. Quels sont les liens, organiques et fonctionnels, entre le SIAAP, Etablissement Public Administratif, et l'Etat ? Qui, au sein de l'Etat, prend les décisions stratégiques et avec qui ?

5. Le statut d'Etablissement Public Administratif est-il adapté au SIAAP ? Davantage que le statut d'Etablissement Public Industriel et Commercial ? Ou autre ?

6. Pourquoi les liens opérationnels entre le SIAAP et l'Etat ne sont-ils pas publics, et mieux encore, ne sont-ils pas documentés et publiés afin d'enrichir les savoir-faire et les procédures dans un domaine qui subit une exigence d'innovation continue ?

7. Pourquoi les maires des communes riveraines font-ils une réponse unique et fermée aux questions posées par les citoyens, conforme, selon leurs dires, à l'intérêt général assuré par le SIAAP ? Faut-il comprendre que la question du SIAAP, lorsqu'elle est posée aux maires, s'inscrit dans leur rapport avec l'Etat et non avec le citoyen ? 

8. En l'absence d'une autorité publique pour exercer une action transparente sur les vingt usines de production d'eau en Ile de France, comment peut-on envisager de conduire un véritable consortium de services et d'intérêts ?

En matière de gestion, voici les points les plus fréquemment soulignés par nos interlocuteurs ; membres du collectif, anciens cadres, élus, professionnels.

1. Ni le rapport annuel du SIAAP, ni la facture d'eau, ni aucun document disponible ne permet de savoir sans réserve ni doute ce que coûte l'eau à produire, à distribuer, à traiter et à recycler. Les raisons qui expliquent cela et qui nous sont faites par les personnes interrogées sont les suivantes :

- La consolidation des chiffres fournis par chaque opérateur intervenant dans le cycle de l'eau n'aboutit pas à un tableau unique de coûts/recettes.

- En l'absence d'une autorité de tutelle technique unique de gestion financière outillée pour cette mission, il n'y a pas de moyen d'examen et de bilan consensuel, stable et permanent de la gestion de l'eau.

2. L'absence de rigueur formelle dans l'examen et la restitution de la réalité des coûts / recettes alimente les interrogations et les soupçons. Ceux-ci s'expriment publiquement et font parfois l'objet de procédures administratives et judiciaires qui sont évoquées dans les médias.

Conclusion : 

Il n'y a pas de débat actuellement. Chacun campe sur ses positions avec intransigeance et l'incompréhension se creuse entre le monde institutionnel et les citoyens, l'Etat et le contribuable, les industriels et les usagers.

L'initiative doit revenir à l'autorité politique. Sinon, à quoi sert-elle ?

La parole et l'action des citoyens pour le bien commun.